Minuit

  • " Ce qui circule entre les chercheurs et les non-spécialistes, ou même entre une science et les spécialistes des autres sciences, ce sont, au mieux, les résultats, mais jamais les opérations. On n'entre jamais dans les cuisines de la science. " Ce sont ces secrets de métier, ces recettes de fabrication, ces tours de main, que Pierre Bourdieu tente de livrer ici. En regroupant l'ensemble des réponses qu'il a faites, dans des exposés, des interventions orales ou des interviews, aux principales questions que pose la sociologie, il livre sous la forme à la fois directe et nuancée que permet le discours oral, des réflexions sur la méthode et sur les concepts fondamentaux de sa sociologie (champ, habitus, capital, investissement, etc.), sur les problèmes épistémologiques et philosophiques que pose la science sociale, en même temps que des analyses nouvelles sur la culture et la politique, la grève et le syndicalisme, le sport et la littérature, la mode et la vie artistique, le langage et la musique. En donnant accès au travail sociologique en train de se faire, il invite le lecteur non à s'identifier à une " pensée " toute pensée mais à se rendre maître d'une méthode de pensée.

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  • Distinction

    Pierre Bourdieu

    • Minuit
    • 1 Août 1979

    Quatrième de couverture Classeurs classés par leurs classements, les sujets sociaux se distinguent par les distinctions qu'ils opèrent - entre le savoureux et l'insipide, le beau et le laid, le chic et le chiqué, le distingué et le vulgaire - et où s'exprime ou se trahit leur position dans les classements objectifs. L'analyse des relations entre les systèmes de classement (le goût) et les conditions d'existence (la classe sociale) qu'ils retraduisent sous une forme transfigurée dans des choix objectivement systématiques ("la classe") conduit ainsi à une critique sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociales et des styles de vie.
    On pourrait, à titre d'hygiène critique, commencer la lecture par le chapitre final, intitulé Eléments pour une critique "vulgaire" des critiques "pures", qui porte au jour les catégories sociales de perception et d'appréciation que Kant met en oeuvre dans son analyse du jugement de goût. Mais l'essentiel est dans la recherche qui, au prix d'un énorme travail d'enquête empirique et de critique théorique, conduit à une reformulation de toutes les interrogations traditionnelles sur le beau, l'art, le goût, la culture.
    L'art est un des lieux par excellence de la dénégation du monde social. La rupture, que suppose et accomplit le travail scientifique, avec tout ce que le discours a pour fonction ordinaire de célébrer, supposait que l'on ait recours, dans l'exposition des résultats, à un langage nouveau, juxtaposant la construction théorique et les faits qu'elle porte au jour, mêlant le graphique et la photographie, l'analyse conceptuelle et l'interview, le modèle et le document. Contre le discours ni vrai ni faux, ni véritable ni falsifiable, ni théorique ni empirique qui, comme Racine ne parlait pas de vaches mais de génisses, ne peut parler du Smig ou des maillots de corps de la classe ouvrière mais seulement du "mode de production" et du "prolétariat" ou des "rôles" et des "attitudes" de la "lower middle class", il ne suffit pas de démontrer ; il faut montrer, des objets et même des personnes, faire toucher du doigt - ce qui ne veut pas dire montrer du doigt, mettre à l'index - et tâcher ainsi de forcer le retour du refoulé en niant la dénégation sous toutes ses formes, dont la moindre n'est pas le radicalisme hyperbolique de certain discours révolutionnaire.

  • Cet ouvrage présente la synthèse théorique de recherches dont le livre les héritiers, en 1964, marquait la première étape.
    A partir de travaux empiriques sur le rapport pédagogique, sur l'usage lettré ou mondain de la langue et de la culture universitaires et sur les effets économiques et symboliques de l'examen et du diplôme, se construit comme une théorie générale des actions de violence symbolique et des conditions sociales de la dissimulation de cette violence. en explicitant les conditions sociales du rapport d'imposition symbolique, cette théorie définit les limites méthodologiques des analyses qui, sous l'influence cumulée de la linguistique, de la cybernétique et de la psychanalyse, tendent à réduire les rapports sociaux à de purs rapports symboliques.
    L'école produit des illusions dont les effets sont loin d'être illusoires : ainsi, l'illusion de l'indépendance et de la neutralité scolaires est au principe de la contribution la plus spécifique que l'ecole apporte à la reproduction de l'ordre établi. par suite, essayer de mettre au jour les lois selon lesquelles elle reproduit la structure de la distribution du capital culturel, c'est non seulement se donner les moyens de comprendre complètement les contradictions qui affectent aujourd'hui les systèmes d'enseignement, mais encore contribuer à une théorie de la pratique qui, constituant les agents comme produits de structures, reproducteurs des structures, échappe aussi bien au subjectivisme de la liberté qu'à l'objectivisme pan-structuraliste.

  • Lecon sur la lecon

    Pierre Bourdieu

    • Minuit
    • 1 Septembre 1982

    Le texte de la leçon inaugurale prononcée au Collège de France, le 23 avril 1982.

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  • Alors que tout semble promettre la photographie, activité sans traditions et sans exigences, à l'anarchie de l'improvisation individuelle, rien n'est plus réglé et plus conventionnel que la pratique photographique et les photographies d'amateurs.
    Les normes qui définissent les occasions et les objets de photographie révèlent la fonction sociale de l'acte et de l'image photographique éterniser et solenniser les temps forts de la vie collective. aussi la photographie, rite du culte domestique, par lequel on fabrique des images privées de la vie privée, est-elle une des rares activités qui puisse encore de nos jours enrichir la culture populaire : une esthétique peut s'y exprimer avec ses principes, ses canons et ses lois qui ne sont pas autre chose que l'expression dans le domaine esthétique d'attitudes éthiques.

  • L'accès aux trésors artistiques est à la fois ouvert à tous et interdit en fait au plus grand nombre.
    Qu'est-ce qui sépare des autres ceux qui sépare des autres qui fréquentent les musées ? les amoureux de l'art vivent leur amour comme affranchi des conditions et des conditionnements. ne fallait-il pas qu'ils fussent prédisposés à recevoir la grâce pour aller à sa rencontre et pour l'accueillir ? pourtant, le musée est un des lieux oú l'on ressent le plus vivement le poids des obligations mondaines : la pratique obligée peut-elle conduire à la vraie délectation ou bien le plaisir cultivé est-il irrémédiablement maqué par l'impureté de ses origines ? chaque visiteur des musées est enclin à suspecter la sincérité des autres : mais ne trahit-il pas par là qu'il sait que son amour doit aux arguments de la raison et à la force de la coutume autant qu'à l'inspiration du coeur ?
    Ce livre essaie d'apporter à la question des réponses sociologiques, c'est-à-dire à la fois logiques et empiriques.
    Sans craindre de manquer au bon goût, il prétend soumettre le bon goût à la rigueur de l'examen scientifique. en mettant en évidence les conditions sociales de l'accession à la pratique cultivée, il fait voir que la culture n'est pas un privilège de nature mais qu'il faudrait et qu'il suffirait que tous possèdent les moyens d'en prendre possession pour qu'elle appartienne à tous.
    La présente édition est augmentée des résultats des enquêtes menées dans cinq pays européens : l'espagne, la grèce, l'italie, les pays-bas, la pologne.

  • Pierre Bourdieu veut montrer que l'anthropologie ne peut s'accomplir comme science qu'à condition de prendre aussi pour objet les actes et les instruments de la pratique scientifique et, plus précisément, le rapport que le chercheur entretient avec son objet. C'est ce qu'il montre très concrètement en rappelant l'itinéraire qui l'a conduit à des recherches dites ethnologiques sur la civilisation Kabyle aux recherches dites sociologiques sur les aspects les plus divers de notre société, en passant par différentes études sur la société béarnaise dont il est originaire.
    Ce que nous appelons pensée « primitive », « prélogique » ou « sauvage », n'est autre chose que la logique pratique à la fois commode et tournée vers l'action, à laquelle nous avons recours chaque jour, dans nos actions et nos jugements sur les autres et le monde. Parce que la logique logique, qui s'est construite contre les logiques pratiques, est un peu notre point d'honneur intellectuel, nous nous refusons à voir ce qu'est la logique réelle de notre action, jamais complètement logique, jamais complètement illogique. Il suffit de décrire cette logique, de l'objectiver, de la mettre sur le papier, pour apercevoir que le primitif, c'est nous ; que nous n'agissons pas autrement lorsque nous classons des hommes politiques, ou des mobiliers, ou des peintres, que les « primitifs », lorsque pour mettre de l'ordre dans leur monde, ils mettent en oeuvre des principes classificatoires comme masculin et féminin, sec et humide, haut et bas ou est et ouest.
    Nous supportons avec beaucoup d'impatience les analyses des sociologues lorsqu'ils décrivent nos conduites dans le langage de la règle (en France, lorsqu'on est reçu à dîner, il faut apporter des fleurs en nombre impair) ou du rituel (en France, les femmes se marient en robe blanche, symbole de pureté). Pourtant nous ne voyons rien à redire lorsque les ethnologues emploient ce langage pour parler des peuples dits primitifs : et cela, tout particulièrement, lorsqu'il s'agit de mariage ou de rituel. C'est cette discordance que Pierre Bourdieu interroge, demandant pourquoi nous sommes spontanément objectivistes lorsqu'il s'agit des autres et pourquoi nous revendiquons pour nous-mêmes et nous seuls le privilège de la liberté et de la subjectivité. Les Béarnais (d'autrefois) ou les Kabyles, lorsqu'ils choisissent leur conjoint, n'obéissent pas plus à une règle que les Parisiens d'aujourd'hui. Et Pierre Bourdieu se moque de ceux qui, à force de parler de « mariage préférentiel » avec la cousine croisée ou la cousine parallèle, finiront un jour par démontrer, de préférence mathématiquement, que deux cousines parallèles à une même troisième sont parallèles entre elles.
    Critiquer la notion de règle ou de coutume ou de droit et toutes les notions équivalentes, qui n'expliquent jamais rien, puisqu'il faut encore expliquer pourquoi on obéit à la règle, à la coutume ou au droit plutôt que de lui désobéir, ce n'est pas abandonner les pratiques à l'inexplicable. Il suffit de se placer au point de vue de la pratique, qui est celui des acteurs, pour savoir que les pratiques ont pour principe, non des règles, mais des stratégies ; et que ces stratégies ne sont pas livrées au hasard. Comme aux cartes, elles dépendent - on le voit bien dans le cas du mariage - de la donne (capital possédé, nombre d'enfants à marier, etc.) et de l'art de jouer. La même chose est vraie dans le cas des pratiques rituelles qui ne sont ni des séquences insensées d'actes sans queue ni tête, ni les actes inspirés d'une liturgie mystique, ni les opérations logiques d'une sorte d'inconscient calculateur (comme chez Lévi-Strauss), mais des séquences pratiques d'actes orientés par un sens analogique, un «démon de l'analogie» comme dit Mallarmé, qui est caractéristique d'une société déterminée et qui nous fait par exemple apercevoir une affinité immédiate entre la femme et la lune. Le mouvement qui conduit de la règle à la stratégie est le même qui mène de la pensée « prélogique » ou « sauvage » au corps géomètre, « corps conducteur » tout entier traversé par la nécessité du monde social. - « Je crois que j'ai fait une découverte théologique », dit Charlie Brown, le héros de la bande dessinée de Schulz. - « Laquelle ? » - « Si on tient les mains tournées vers le bas, upside down, on obtient le contraire de ce pour quoi on prie. » La pratique rituelle, comme la plupart des pratiques, est une gymnastique symbolique, dans laquelle le corps pense pour nous.
    Une véritable compréhension des pratiques autres ou propres suppose un double travail : il s'agit d'objectiver les structures objectives ou incorporées, ce qui suppose une mise à distance, fondée sur l'emploi de techniques d'objectivation. Une science sociale vraiment rigoureuse suppose ce double mouvement, qui conduit au-delà de l'objectivisme, moment inévitable (symbolisé en ethnologie par l'oeuvre de Lévi-Strauss) et du subjectivisme (représenté sous une forme limite par la phénoménologie « sartrienne ») : objectiver les structures objectives (par exemple, les régularités statistiques des pratiques) ou incorporées (par exemple, les catégories sociales de perception, comme brillant / terne, distingué / vulgaire, etc.) mais aussi objectiver l'objectivation, c'est-à-dire les opérations qui rendent possible l'accès à cette « vérité objective » et le point de vue à partir duquel elles s'opèrent. Et découvrir ainsi qu'il y a une objectivité du subjectif, que la représentation que les acteurs se font de leur pratique et que le chercheur, armé de ses instruments d'objectivation (statistique, observation, etc.) doit détruire pour saisir les structures objectives, fait encore partie de l'objectivité. Les illusions collectives ne sont pas illusoires et les mécanismes les plus fondamentaux tels ceux de l'économie, ne pourraient fonctionner sans le soutien de la croyance qui est au principe de l'adhésion accordée aux jeux sociaux et à leurs enjeux.
    Pierre Bourdieu nous donne ici une théorie de l'action qui n'est pas à elle-même sa fin mais qui est la condition d'une interprétation adéquate des pratiques : et cela aussi bien de celles que privilégie d'ordinaire l'ethnologie, comme le mariage et le rituel, que de celles qui retiennent plutôt l'attention du sociologue, comme les conduites économiques ou les pratiques culturelles. Ce qui revient à réintégrer les disciplines séparées dans l'unité d'une anthropologie.

    ----- Table des matières ----- Préface Livre 1. Critique de la raison théorique : Avant-propos - Chapitre 1. Objectiver l'objectivation - Chapitre 2. L'anthropologie imaginaire du subjectivisme - Chapitre 3. Structures, habitus, pratiques - Chapitre 4. La croyance et le corps - Chapitre 5. La logique de la pratique - Chapitre 6. L'action du temps - Chapitre 7. Le capital symbolique - Chapitre 8. Les modes de domination - Chapitre 9. L'objectivité du subjectif Livre 2. Logiques pratiques : Avant-propos - Chapitre 1. La terre et les stratégies matrimoniales - Chapitre 2. Les usages sociaux de la parenté : L'état de la question. Les fonctions des relations et le fondement des groupes. L'ordinaire et l'extra-ordinaire. Stratégies matrimoniales et reproduction sociale - Chapitre 3. Le démon de l'analogie : La formule génératrice. La partition fondamentale. Seuils et passages. La transgression déniée. Transferts de schèmes et homologies. Le bon usage de l'indétermination Annexe. La maison ou le monde renversé Bibliographie - Index

  • Pour parler aujourd'hui non des puissants, comme certaine histoire, ou du pouvoir, comme certaine philosophie, mais des jeux sociaux, les champs, où se produisent les différents enjeux de pouvoir et les différents atouts, les capitaux, nécessaires pour y triompher, il faut mobiliser toutes les ressources de la statistique, de la théorie anthropologique et de l'histoire sociale. Comment s'est constituée la configuration singulière de pouvoirs, intellectuels, politiques, bureaucratiques, économiques, qui domine les sociétés contemporaines ? Comment ces pouvoirs, notamment ceux qui s'autorisent de l'autorité conférée par l'École, obtiennent-ils notre reconnaissance ? Qu'est-ce que la compétence dont se réclament les technocraties ? Le travail de consécration qu'accomplit l'institution scolaire, notamment à travers les grandes écoles, s'observe dans l'histoire, à des variantes près, toutes les fois qu'il s'agit de produire une noblesse ; et les groupes socialement reconnus, en particulier les grands corps, qui en sont le produit, fonctionnent selon une logique tout à fait semblable à celle des divisions d'Ancien Régime, nobles et roturiers, grande et petite noblesse. La noblesse d'État qui dispose d'une panoplie sans précédent de pouvoirs, économiques, bureaucratiques et même intellectuels, et de titres propres à justifier son privilège, titre d'écoles, titres de propriété et titres de noblesse, est l'héritière structurale - et parfois généalogique - de la noblesse de robe qui, pour se construire comme telle, contre d'autres espèces de pouvoirs, a dû construire l'État moderne, et tous les mythes républicains, méritocratie, école libératrice, service public.
    Grâce à une écriture qui alterne l'humour de la distance avec la rigueur du raisonnement statistique ou de la construction théorique, Pierre Bourdieu propose une réalisation accomplie d'une anthropologie totale, capable de surmonter l'opposition entre l'art et la science, l'évocation et l'explication, la description qui fait voir et le modèle qui fait comprendre. Déchirant l'écran des évidences qui protègent le monde familier contre la connaissance, il dévoile les secrets de la magie sociale qui se cache dans les opérations les plus ordinaires de l'existence quotidienne, comme l'octroi d'un titre scolaire ou d'un certificat médical, la nomination d'un fonctionnaire ou l'institution d'une grille des salaires.

    ----- Table des matières ----- Prologue : Structures sociales et structures mentales Première partie :
    Les formes scolaires de classification Chapitre 1 : Pensée dualiste et conciliation des contraires. La discipline des esprits - Le privilège de l'aisance - Academica mediocritas.
    Chapitre 2 : Méconnaissance et violence symbolique. Une machine cognitive - Le jugement des pairs et la morale universitaire - L'espace des vertus possibles.
    Annexes : 1. L'origine sociale des lauréats du concours général (1966-1986) - 2. Élection et sursélection - 3. Quelques thèmes marquants de deux dissertations couronnées - 4. Quatre portraits de lauréats.

    Deuxième partie : L'ordination Chapitre 1 : La production d'une noblesse. Forcing et forçage - L'enfermement symbolique - Une organisation dualiste.
    Chapitre 2 : Un rite d'institution. Consacrer ceux qui se consacrent - L'ascèse et la conversion - Noblesse oblige.
    Chapitre 3 : Les ambiguïtés de la compétence.
    Annexe : Quelques documents sur la vie dans les classes préparatoires et les grandes écoles.

    Troisième partie :
    Le champ des grandes écoles et ses transformations Chapitre 1 : Un état de la structure. Le modèle - Grande porte et petite porte - L'espace des grandes écoles : une structure chiasmatique - Une matrice de préférences - Positions, dispositions et prises de position - L'esprit de corps - Dévoyés et fourvoyés.
    Chapitre 2 : Une histoire structurale. Variations et invariants structuraux - Les guerres de palais - Voies détournées et écoles refuges.
    Annexes : 1. Le discours de célébration - 2. La méthode - 3. Les principales données statistiques sur les plus grandes écoles - 4. L'aveuglement.

    Quatrième partie :
    Le champ du pouvoir et ses transformations Chapitre 1 : Les pouvoirs et leur reproduction. La structure du champ du pouvoir - Les stratégies de reproduction - Le mode de reproduction familial - Le mode de reproduction à composante scolaire - La gestion familiale de l'école.
    Chapitre 2 : Écoles du pouvoir et pouvoir sur l'économie. Patrons d'État et patrons familiaux - « La noblesse de la classe bourgeoise » - L'« élite » - Le sens de l'évolution - Le privilège des robins.
    Chapitre 3 : Les transformations du champ du pouvoir.
    Annexes : 1. Le champ du pouvoir économique en 1972 (analyse des correspondances) -2. Positions dans le champ et prises de position politiques - 3. Une journée ordinaire d'un homme de relations - 4. Affinités électives, liaisons institutionnalisées et circulation de l'information - 5. Ambroise Roux « désamorce la bombe Riboud » Cinquième partie :
    Pouvoir d'État et pouvoir sur l'État La magie d'État - Les robins et l'invention d'État - L'allongement des circuits de légitimation.

  • A travers de très longs entretiens avec des chercheurs français et surtout étrangers, et des confrontations scientifiques avec des groupes de spécialistes, ethnologues, économistes et sociologues - de l'art, de la religion, de la littérature, etc.
    -, pierre bourdieu, dont l'oeuvre a fait l'objet, au cours des dernières années, de nombreuses interpellations, s'explique : il éclaire certains aspects mal compris de son travail, explicite les présupposés philosophiques de ses recherches, évoque la logique concrète de ses investigations, en même temps qu'il discute ou réfute les objections qui lui sont le plus souvent opposées. la vivacité du discours improvisé permet de voir à l'oeuvre un mode de pensée qui, comme le montrent bien certaines interventions, peut être aussi un instrument, libérateur, de socioanalyse.
    En s'appliquant à lui-même la méthode d'analyse des oeuvres culturelles qu'il défend, ce qui le conduit à évoquer l'espace des possibles théoriques tel qu'il se présentait à différents moments de son itinéraire intellectuel, pierre bourdieu offre les moyens de se donner une connaissance à la fois objective et compréhensive de son travail. et du même coup, c'est tout le débat entre les sciences de l'homme et la philosophie qui, échappant aux insinuations obscures de la dénonciation sournoise ou aux faux éclats de la polémique publique, se trouve placé sur son véritable terrain, celui de la confrontation rigoureuse et loyale.

  • Le sociologue peut-il comprendre objectivement le monde même dans lequel il est pris ? epreuve redoutable, à laquelle se soumet l'auteur de ce livre sur le monde universitaire français.
    Pour échapper aux objectivations partielles de la polémique, il faut appréhender le monde universitaire comme un champ dans lequel s'affrontent plusieurs pouvoirs spécifiques, correspondant à des trajectoires sociales et scolaires et aussi à des productions culturelles irréductibles, sinon incompatibles. et mettre toutes les techniques d'objectivation disponibles au service de la construction de l'espace des positions universitaires - et des " espèces " correspondantes de l'homo academicus.
    Cet espace, c'est-à-dire la structure de la distribution des différentes espèces du pouvoir, est en effet au principe des prises de position intellectuelles ou politiques des universitaires aussi bien en période d'équilibre qu'en temps de crise, et notamment en mai 1968.

  • L'observation statistique et ethnographique d'un des déplacements de populations rurales les plus brutaux et les plus massifs qu'ait connus l'histoire permet de saisir, au moment même oú elles sont ébranlées, les structures les plus fondamentales de l'économie et de la pensée paysannes.
    Le déracinement, qui détruit les cadres spatiaux et temporels de l'existence ordinaire, achève ce que la généralisation des échanges monétaires avait commencé : par référence au seul travail désormais digne de ce nom, celui qui procure un revenu en argent, l'activité paysanne du passé, et toutes les valeurs qui lui étaient associées, se trouvent discréditées. mais le " métier ", qui fait découvrir la vanité du travail paysan, est aussi rare que jamais et cette sorte d'urbanisation négative qu'est la " dépaysannisation " s'accomplit dans la " bidonvillisation " des campagnes que favorise la création décisoire d'agglomérations dépourvues de fonctions économiques.
    Cette analyse des processus sociaux qu'engendre la prétention d'accélérer l'histoire par la violence et dans l'ignorance des mécanismes déclenchés ne serait pas tout à fait inutile si elle pouvait contribuer à éviter que l'histoire ne se répète.

  • Bilan d'un ensemble de recherches statistiques et ethnographiques réalisées en Algérie autour des années 1960, cet ouvrage analyse les relations entre les structures économiques et les structures temporelles qui sont au principe des pratiques économiques, mise en réserve ou épargne, échange de don ou crédit, entraide ou coopération. Dans une économie pré-capitaliste, la logique de la reproduction simple et la vision cyclique de la durée qui en est corrélative interdisent toute appréhension d'un futur autre que celui qui est immédiatement inscrit dans le présent au titre de potentialité objective. À l'opposé, toute la logique d'un « cosmos économique » qui, comme celui qu'importe et impose la colonisation, est objectivement caractérisé par la prévisibilité et la calculabilité, exige une disposition prospective et calculatrice qui s'exprime aussi bien dans les calculs et les projets économiques de l'existence quotidienne que dans la projection d'un avenir révolutionnaire. L'analyse des variations des pratiques économiques et des représentations de l'économie en fonction de la position occupée dans le système économique permet d'établir les conditions économiques de possibilité des dispositions économiques dont la théorie économique crédite décisoirement tous les agents. Elle établit aussi les conditions économiques de la révolte contre les conditions économiques, apercevant dans la possession du minimum d'assurances sur l'avenir qui est la condition d'une appropriation rationnelle de l'avenir le principe de la différence entre les projets révolutionnaires des prolétaires et les attentes eschatologiques des sous-prolétaires.

  • * Ce texte est paru en 1975 dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales. Il a été revu, à l'occasion de cette réédition, en fonction du débat sur Martin Heidegger.

    Le discours philosophique, comme tout autre forme d'expression, est le résultat d'une transaction entre une intention expressive et la censure exercée par l'univers social dans lequel elle doit se produire. Ainsi, pour comprendre l'oeuvre de Heidegger dans sa vérité inséparablement philosophique et politique, il faut refaire le travail d'euphémisation qui lui permet de dévoiler en les voilant, des pulsions ou des phantasmes politiques. Il faut analyser la logique du double-sens et du sous-entendu qui permet à des mots du langage ordinaire (Fürsorge par exemple) de fonctionner simultanément dans deux registres savamment unis et séparés. Mettre en forme philosophique, c'est aussi mettre des formes politiquement : c'est présenter sous une forme philosophiquement acceptable, en les rendant méconnaissables, les thèmes fondamentaux de la pensée des « révolutionnaires conservateurs ». C'est donc à condition de reconstruire les différentes variantes de la vision du monde qui s'exprime crûment chez les essayistes de l'Allemagne de Weimar et la logique inséparablement intellectuelle et sociale du champ philosophique qui est le véritable opérateur de la transmutation de l'humeur völkisch en philosophie existentielle, que l'on peut comprendre l'ontologie politique de Martin Heidegger sans opérer les clivages trop commodes entre le texte et le contexte, ou entre le recteur nazi et le « berger de l'Être ».

  • QuaSi l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en " dons " personnels. A partir des statistiques qui mesurent l'inégalité des chances d'accès à l'enseignement supérieur selon l'origine sociale et le sexe et en s'appuyant sur l'étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l'analyse des règles - souvent non écrites - du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l'influence des inégalités économiques, le rôle de l'héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d'autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social.

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