Gallimard

  • L?art occidental. Devenue omniprésente, l?image en perspective est de nos jours dominante dans le monde entier. Nous avons tendance à oublier qu?elle n?est en rien la représentation de notre vision naturelle, mais un regard élaboré par les artistes à la Renaissance et que c?est un regard tout différent qui s?exprime dans l?art islamique.
    Contrairement à l?image occidentale, il n?est pas lié à un spectateur et à la place qu?il occupe dans le monde, mais vise à se rapprocher de ce qui est irreprésentable en soi. Hans Belting ne se contente pas d?expliquer l?attitude critique de l?islam envers les images par l?interdit religieux qui pèse sur elles, mais fait intervenir les spécificités esthétiques, sociales et scientifiques de cette culture.
    L?invention de l?image en perspective par l?Occident est toutefois redevable à un échange intensif avec les sciences et la culture arabes. C?est au sein d?une culture sans images que le mathématicien Alhazen (965-1039) a développé dès le Xe siècle une théorie de la perception, qui reprise par les artistes de la Renaissance a été à l?origine des fondements de la peinture occidentale en perspective.
    Si, à un moment donné les deux cultures occidentale et orientale ont pris la même théorie pour point de départ, l?art arabe lui, au lieu de représenter le monde s?est attaché à la lumière et à sa géométrie. En déplaçant continuellement son regard entre le monde occidental et islamique, Hans Belting parvient à proposer une interprétation neuve et fascinante de leur art respectif. Pris dans un dialogue entre ces deux cultures, le lecteur est ainsi amené à considérer d?une manière nouvelle les images que l?Occident a longtemps tenues pour universelles.
    A l?aide d?une iconographie très riche et recherchée (cent illustrations couleurs et noir et blanc) Hans Belting poursuit dans cet ouvrage son « histoire culturelle du regard ».

  • Dans l'histoire humaine, la fabrication des images atteste une persistance et une continuité au moins égales à celles de la «question de soi», que l'homme n'a jamais cessé de se poser. Pourtant, une science générale de l'image nous fait encore défaut, qui saurait rendre compte de cette unité symbolique fondamentale de l'activité humaine.
    Parallèlement à l'histoire de l'art et aux disciplines intéressées par les dispositifs techniques de production et de transmission des images, la perspective anthropologique en est une vision ouverte, qui met au jour des correspondances dans le temps et l'espace, révèle des affinités inaperçues entre les productions iconiques les plus anciennes du genre humain et celles qu'on s'est peut-être empressé trop vite de dire «nouvelles», images numériques ou représentations élaborées par l'imagerie scientifique.
    Hans Belting met ici ses réflexions à l'épreuve de divers types d'images, prélevées au fil de l'histoire humaine, depuis les images du culte des morts de l'Antiquité jusqu'aux images «virtuelles» contemporaines, en passant par la photographie, la théorie de l'ombre chez Dante ou l'analyse de la rivalité qui opposa quelque temps, à l'aube de l'humanisme et de l'émergence du sujet, blason et portrait.

  • Botticelli, poète et orfèvre de vénus : c'est ainsi que nous regardons encore, et à juste titre, le célèbre tableau que laurent de médicis commanda au peintre vers 1484, la naissance de vénus.
    C'est ainsi que nous nous représentons l'idéal du nu que la renaissance florentine fit revivre à partir de modèles antiques, telle la vénus des médicis.
    Ce livre propose un contre-motif : botticelli, bourreau de vénus. a travers un réexamen des sources littéraires, le lecteur découvrira comment, dès le quattrocento, l'image de la nudité forme un ensemble impur, inquiet, menacé et menaçant tout à la fois.
    Humiliation ou damnation chrétiennes (botticelli a écouté les sermons de savonarole, illustré l'enfer de dante), sadisme ou métamorphoses des thèmes païens : une analyse de quatre panneaux illustrant un conte cruel de boccace fera découvrir comment, chez le grand peintre, la nudité se tresse de cruauté et la beauté de malaise, en un travail formel qui puise dans le rêve et dans le fantasme ses opérations fondamentales.

    Botticelli repensé avec freud, avec bataille, voire avec sade ? l'anachronisme n'est qu'apparent. car c'est d'un même instrument que le peintre se montre tout à la fois l'orfèvre et le bourreau de vénus : c'est bien avec son style qu'il incise et qu'il ouvre, froid et cruel, l'image du corps féminin. de plus, l'humanisme médicéen, dans la longue durée de son histoire, révèle ici toute son ambivalence, déjà notée par aby warburg : entre la vénus des médicis du musée des offices et la vénus des médecins du musée anatomique de florence (1781) il n'y a que le mouvement structural, historique et esthétique d'une nudité offerte transformée inexorablement en nudité ouverte.

  • Qu'est-ce qu'une vraie image ? Poursuivant son étude de la signification de l'image dans la culture occidentale, Hans Belting interroge ici notre besoin fondamental d'images vraies et authentiques, susceptibles de rendre compte et de reproduire la réalité telle qu'elle est. Il montre que notre compréhension de l'image est marquée, aujourd'hui encore, par une survivance de notions religieuses : la foi chrétienne a joué en Occident un rôle formateur de l'identité et de la conscience et nous avons intériorisé les tentatives sans cesse recommencées d'une définition de l'image qui se sont accomplies dans son orbe.
    Plutôt que de dérouler une histoire linéaire, l'auteur procède ici par sondages, en pointant son attention sur deux moments clés, deux accélérations critiques où la culture européenne franchit à chaque fois un seuil : la fin de l'Antiquité d'abord, où la question de l'image est l'enjeu de débats philosophiques autour de la double nature du Christ ; la période de la Réforme ensuite, où la traduction de la Bible en langue vulgaire et sa diffusion par l'imprimerie entraînent comme une dévalorisation ontologique de l'image, contrainte de se replier désormais du côté de l'art et des théories esthétiques.
    La tradition religieuse des images, avec la part irréductible faite à la croyance, est donc bien davantage qu'un simple prélude naïf de leur complexité moderne. Dans La vraie image, Hans Belting tend magistralement l'arc qui relie l'aube des Temps nouveaux à notre époque contemporaine, en tissant des rapports inaperçus entre histoire de la religion, des images et des idées. À ce titre, le livre apparaît comme l'indispensable complément à ses deux précédents ouvrages, Image et culte (Cerf, 1998) et Pour une anthropologie des images (Gallimard, 2004).

  • Ce livre interroge les relations anthropologiques cruciales que les images entretiennent avec le corps et la chair, au-delà des notions usuelles d'anthropomorphisme ou de représentation figurative. Y sont analysées les diverses façons dont les images visent la chair, que ce soit la chair d'Aphrodite formée de l'écume ou celle du Christ sacrifiée sur la croix. Paganisme et christianisme, chacun avec ses propres cadres de pensée, auront, en effet, tous deux cherché à atteindre, voire à transgresser, les limites de l'imitation : là où les métaphores deviennent métamorphoses, là où les signes qui représentent deviennent des symptômes qui incarnent. On découvrira cette puissance extraordinaire des corps lorsqu'en eux la chair vise l'image, par exemple dans la stigmatisation de saint François au XIIIe siècle, les crucifiements des Convulsionnaires de Saint-Médard au XVIIIe siècle ou les « clous » hystériques de la Salpêtrière au XIXe siècle.
    Une traversée impressionnante d'images qui ne sont pas faites pour décorer, simuler ou consoler, mais pour agir, nous bouleverser et nous donner accès à quelque chose comme une profondeur.

  • Au moyen âge, le roi de france - plus qu'aucun autre souverain - était sacré.
    Le jour de son couronnement en la cathédrale de reims, il recevait l'onction de la sainte ampoule qui faisait de lui le successeur de clovis. dans là seconde moitié du xiiie siècle, sous le règne de saint louis, fut composé un manuscrit qui décrit en détail et figure à travers une série de quinze miniatures le déroulement du sacre et du couronnement. quatre historiens proposent ici une lecture croisée de ce document unique.
    Plus qu'un simple manuel liturgique il s'agit d'un véritable " miroir du prince ", qui exalte le caractère sacré du roi. jacques le goff interprète la cérémonie comme un " rite de passage ", qui transforme le roi héréditaire en roi sacré. éric palazzo étudie les gestes et les prières de la liturgie. jean-claude bonne analyse le cycle des miniatures et les confronte avec d'autres images d'investiture royale.
    Marie-noël colette déchiffre la notation musicale et restitue la dimension sonore de la liturgie. le texte latin de ce manuscrit, aujourd'hui conservé à la bibliothèque nationale de france (ms lat. 1246), est publié ici accompagné pour la première fois d'une traduction, établie par monique goullet, et de la totalité de ses enluminures.

  • Il est devenu banal de dire que nous sommes entrés dans la " civilisation de l'image ".
    Les images animées, numériques, virtuelles façonnent notre monde avec une force sans précédent. Mais elles s'enracinent aussi dans une longue histoire, où la chrétienté médiévale a joué un rôle décisif : en osant - contre le vieil interdit biblique - faire et " adorer " les images, et même donner figure humaine au Dieu incarné, le Moyen Age a ouvert d'immenses possibilités à la création plastique et à l'imaginaire individuel et social.
    Ce livre s'attache à saisir ensemble, dans leur développement historique, les conceptions de l'imago médiévale et les pratiques rituelles (religieuses ou politiques) et fantasmatiques dont les images furent l'objet depuis le Haut Moyen Age jusqu'à la Renaissance et la Réforme. Aux images matérielles, en deux ou trois dimensions, l'auteur associe les images visionnaires et oniriques qui permettaient de les légitimer et de se les approprier, comme s'il s'agissait de personnes vivantes, douées de corps et de sang, de parole et de mouvement.
    L'image n'est jamais seulement un " objet d'art ", et moins encore l' " illustration " des textes. Elle est l'une des manières par lesquelles une société se re-présente le monde, c'est-à-dire se le rend à nouveau présent pour le penser et agir sur lui. C'est l'ambition de ce treizième volume de la collection " Le Temps des images " d'en faire la démonstration.

  • Les miniatures qui ornent les manuscrits sompteux destinés aux princes introduisent au coeur de la mode vestimentaire des cours à la fin du moyen-age.
    Pour l'élite, la parure est essentielle. elle fait la preuve d'une connaissance parfaite des codes esthétiques et sociaux. l'explosion vestimentaire qui coïncide autour de 1400 avec l' "âge d'or de l'enluminure" exprime une nouvelle vision du corps vêtu, un autre rapport de l'homme à son vêtement, qui n'est plus pensé comme la simple couverture d'une " chair immonde " mais comme un moyen de se présenter à soi et à autrui.

  • C'est au XVIIIe siècle que s'élabore dans la pratique du théâtre et dans le débat philosophique la figure de l'acteur moderne, artiste, véritable créateur de son rôle. Le portrait d'acteur contribue à l'apparition de cette identité issue d'une sensibilité et d'une esthétique nouvelle au sein de la société et de la culture bourgeoise. Des liens privilégiés se nouent entre artistes et comédiens : De Troy représente Adrienne Lecouvreur, Vanloo peint M>l>le Clairon, Hogarth, Gainsborough et Reynolds s'attachent à la personne de David Garrick, qui avec plus de trois cents portraits peut être considéré comme le premier à avoir su manipuler les images, au sens moderne du terme. Ce genre de tableau ne montre plus un personnage figé mais illustre l'art du comédien, son travail et sa personnalité.
    Maria Ines Aliverti situe le portrait d'acteur par rapport aux grands courants qui transforment l'art figuratif de cette époque. Elle met en perspective une partie de l'histoire théâtrale du XVIIIe siècle et notamment le rôle promotionnel des images et leur impact dans la bataille idéologique autour des acteurs.

  • Deux grandes figures mythiques - Eve, créée par Dieu à partir de la côte d'Adam selon le récit biblique (IXe-VIIIe siècle avant J-C), Pandora, façonnée dans de la glaise par Héphaïstos, selon le mythe grec relaté principalement par Hésiode au milieu du VIIe siècle avant J-C, deux cadeaux empoisonnés offerts aux hommes.
    A cause d'Eve, l'humanité est chassée du paradis terrestre ; Pandora ouvre une jarre d'où s'échappent tous les maux. Des historiens, historiens de l'art et anthropologues, soucieux d'élucider quelques-unes des représentations originelles de la femme et des femmes, confrontent ici ces deux mythes d'origine, examinent leurs variantes et les rencontres que l'histoire leur a ménagées. Ils élargissent la comparaison à d'autres mythes et d'autres civilisations, puis s'interrogent sur notre capacité à les refaçonner et les réinterpréter à la mesure de notre monde contemporain.
    Leurs contributions appellent à des lectures croisées, attentives à faire resurgir de l'une à l'autre des questionnements communs. Qu'en est-il des moyens d'expression du mythe, transmis par la tradition orale, déjà confié à l'écrit, ou bien figuré dans des images fixes (vases grecs, miniatures médiévales, tableaux de la Renaissance) ou mouvantes (le cinéma) ? Quels sont les effets propres de ces media sur le récit, sur les modalités de la signification, en un mot sur la " création " de la première femme ? Enfin et surtout : D'où vient la femme ? Est-elle première ? Est-elle seconde ? Déjà là ou créée ? Sort-elle du chaos originel ? ou de la terre ? Nombreuses sont les réponses, mais toutes renvoient à cette question unique : pourquoi la différence des sexes ?.

  • Sexe, mystère et religion.
    Trois questions entrelacées, trois regards pour les démêler. au départ la villa dite des mystères à pompéi et sa célèbre fresque. faisant table rase des interprétations passées et des lectures pour initiés, paul veyne se livre à une enquête minutieuse qui replace ces peintures dans un monde féminin idéal, imprégné de poésie dionysiaque et qui débouche sur une phénoménologie du sentiment religieux chez les anciens.

    Du côté des grecs, en contrepoint de cette analyse, françois lissarrague nous fait entrer dans l'imagerie du gynécée avant d'emprunter un chemin plus fantaisiste, en compagnie des satyres, joueurs et voyeurs impénitents. françoise frontisi-ducroux s'aventure ensuite dans le domaine de l'érotique grecque, pour s'intéresser aux modalités de regard dans les moments les plus intimes. que peut-on en déduire sur les relations des sexes et des genres dans la société grecque? sur le point de vue qui préside à la création des images? y a-t-il place pour un regard féminin?.

  • Notre-Dame de Montserrat, Notre-Dame de l'Aubépine, Notre-Dame d'Aigues-Vives, autant de statues miraculeusement découvertes, si l'on croit la tradition, à l'endroit où s'élève aujourd'hui leur sanctuaire.
    Ces récits légendaires, largement diffusés par l'imagerie et l'imprimerie populaires, repris par la tradition orale et mis en scène lors des fêtes religieuses, fondent la croyance aux pouvoirs miraculeux de ces images. Aussi le culte qui leur est rendu s'adresse-t-il à la statue elle-même : pour les fidèles, elle n'est pas une représentation de la Vierge Marie, mais une personne dotée d'une identité propre.
    Justifiée par leur légende, la sacralité de ces Vierges se construit en même temps à travers leurs manipulations rituelles et les enjeux sociaux des cérémonies qui les entourent. C'est en la faisant "apparaître" le jour de sa fête, en l'habillant de vêtements somptueux, en la couronnant solennellement et en lui offrant des fleurs que les dévots confèrent à la statue sa valeur. Marlène Albert-Llorca rend compte de ces pratiques - pour la plupart observées en Espagne où le culte des Vierges "miraculeuses" est plus que jamais vivant.
    Elle analyse la relation des choses sacrées et l'affection que l'on porte à un proche.

  • Que peuvent-ils bien signifier, tous ces singes lascifs, ces dragons qui se dévorent la queue, ces singes musiciens qui jouent de la harpe, ces prêtres qui se baisent le cul et tous ces jongleurs qui font la culbute sur les corniches des églises et dans les marges des manuscrits enluminés ? Michael Camille explore l'envers du monde sacré qui s'exhibe dans les marges, où trop souvent n'ont été vues que de simples décorations ou des fantaisies dépourvues de sens.
    Il montre que la puissance d'innovation des images de cette époque se manifeste moins dans le centre, dominé par les conventions, que dans les marges, qui exaltent la résistance aux contraintes de la société.
    Les imagiers du Moyen Âge se sont passionnés pour l'envers du décor, pour les exclus et les bannis. Paysans, serfs, prostituées, mendiants, tous ont trouvé place, autant que les chevaliers et les clercs, dans les bouffonneries obscènes des marges des livres de prières ou parmi les gargouilles qui semblent prendre plaisir à cracher du haut des églises.
    Ce livre nous aide à comprendre le rôle de la marginalité dans le fonctionnement de la société et ses représentations, et pourquoi l'art, à certaines époques, se charge d'une puissance de scandale et de subversion qui n'a pas fini de nous surprendre.

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