Sciences humaines & sociales

  • Ataï, un chef kanak au musée ; histoires d'un héritage colonial

    Christelle Patin

    • Museum national d'histoire naturelle
    • 25 Octobre 2019

    Originaire de la région de la Foa en Nouvelle-Calédonie, le chef Ataï, personnage emblématique de l'insurrection kanak de 1878, fut tué lors des opérations de «?pacification?» de l'île. Sa tête et une main furent livrées par des auxiliaires kanak à l'armée française puis envoyées dans les collections d'une société savante, la Société d'Anthropologie de Paris. Débute alors, au sein du musée, la seconde vie d'Ataï marquée par une «?transmutation?» du trophée martial en spécimen scientifique. Sa dépouille sera rendue à ses descendants en 2014.
    Tantôt figure du «?sauvage?» beau et anthropophage, ou du chef tacticien et insoumis, tantôt figure du révolutionnaire libérateur d'un peuple assujetti ou du pacificateur d'une colonie de peuplements, les interprétations passées et actuelles du Kanak Ataï offrent de multiples visages à explorer. Elles sont aussi indissociables de l'histoire plus générale des collections anthropologiques constituées de restes humains, héritage complexe aujourd'hui sensible.
    Les chapitres de ce livre offrent des clés de lecture permettant d'appréhender les différents modes d'appropriation des éléments de corps humain du chef Ataï lors de leur parcours patrimonial, les logiques et les enjeux sous-jacents. À partir de l'analyse de nombreuses archives inexplorées, d'entretiens avec les scientifiques-conservateurs, l'auteur s'attache à reconstituer chacune des étapes de la patrimonialisation du chef kanak par la communauté des anthropologues -?prélèvement du corps ou parties en 1878, transport, catégorisation, transformation, étude scientifique, exposition puis restitution en 2014?- afin d'en cerner l'évolution des mécanismes, intérêts personnels, enjeux collectifs et spécificités. L'analyse se veut aussi comparative, confrontant tour à tour les pratiques de la Société d'Anthropologie de Paris à celles du Muséum national d'Histoire naturelle ainsi que les destinées de spécimens collectés en Nouvelle-Calédonie en cette fin de xixe siècle.

  • Enraciner l'empire : une autre histoire du jardin botanique de Calcutta (1860-1910)

    Marine Bellégo

    • Museum national d'histoire naturelle
    • 23 Décembre 2021

    Le 5 octobre 1864, un violent cyclone s'abat sur la plaine du Gange. Calcutta, capitale de l'Empire britannique en Inde, est dévastée. «?Le jardin botanique de Calcutta figure désormais parmi les choses du passé?», lit-on dans le Gardener's Chronicle.
    Trois décennies plus tard, le jardin était pourtant devenu l'un des plus éminents symboles de l'Empire britannique. Les visiteurs affluaient pour admirer un arbre immense à l'allure de forêt?: le grand banian. Son herbier, riche de milliers de spécimens venus de tous les territoires impériaux, en faisait un haut lieu de la classification botanique. Ses directeurs étaient tenus de contribuer à l'essor économique du Raj en tentant d'acclimater de nouvelles espèces et d'améliorer le rendement des récoltes. Ses responsables en écrivaient l'histoire comme celle d'un lieu colonial modèle qui servait la mission civilisatrice de l'empire.
    Ce livre étudie le rôle à la fois symbolique et économique qu'a joué le jardin botanique de Calcutta dans le dispositif d'un empire alors à son apogée. À l'aide d'archives inexploitées jusqu'ici, Marine Bellégo nous plonge dans le quotidien à la fois monotone et tourmenté de l'un des plus grands jardins botaniques coloniaux. Elle met ainsi au jour les innombrables tensions qui parcouraient ce microcosme impérial dysfonctionnel, faisant un sort aux échecs d'acclimatation, aux désastres logistiques, aux problèmes de main-d'oeuvre et à la dureté implacable des relations humaines dans la sphère coloniale. L'ouvrage explore ainsi comment se rejouaient au sein d'un jardin botanique les ambiguïtés, les contradictions et la violence structurelle de l'entreprise impériale.

  • Exposer l'humanité ; race, ethnologie et empire en France (1850-1950)

    Alice Conklin

    • Museum national d'histoire naturelle
    • 12 Octobre 2015

    Exposer l'humanité propose une traversée de l'histoire de l'anthropologie en France. Mettant particulièrement l'accent sur la formation de la discipline au cours de la Troisième République et du régime de Vichy, cet ouvrage montre l'imbrication des notions scientifiques de race et de culture entre 1850 et 1950. Il explore le rôle de deux générations d'anthropologues et d'ethnologues -?et des musées qu'ils créèrent?- dans la mise en place du racisme et de l'anti-racisme modernes. Alice Conklin porte ainsi un nouveau regard sur les relations tumultueuses entre science, société et empire à une époque où l'impérialisme français et le fascisme en Europe connaissent leur apogée.

  • Ce livre explore l'histoire des deux missions de terrain effectuées en 1937 et 1938 par Boris Vildé et Léonide Zouroff au Setomaa, une région située aujourd'hui de part et d'autre de la frontière entre la République d'Estonie et la Fédération de Russie. Il a pour but de faire connaître les documents, les collections d'objets et les photographies uniques se rapportant à ces missions dans une zone de contacts entre deux populations orthodoxes distinctes?: les Setos, d'origine fennique, et les Russes, Slaves orientaux. Ce voyage dans le temps évoque à la fois l'histoire de la création du Musée de l'Homme, avec ses activités intenses de recherche de terrain, et celle du Setomaa et de ses phénomènes culturels. Pour ce faire Tatiana Benfoughal, Olga Fishman et Heiki Valk ont réuni des chercheurs français, estoniens et russes dont les regards croisés, parfois divergents mais toujours complémentaires, permettent de replacer l'apport scientifique de Boris Vildé et de Léonide Zouroff dans un large contexte scientifique.

    Docteur en ethnologie, attachée honoraire au Muséum national d'Histoire naturelle (Musée de l'Homme), Tatiana Benfoughal est une spécialiste de l'ethnologie européenne et nord-africaine.

    Docteur en histoire, directrice du Département d'ethnographie du Nord-Ouest de la Russie et de la Baltique au Musée russe d'ethnographie à Saint-Pétersbourg, Olga Fishman est une finno-ougriste, spécialiste de l'orthodoxie populaire et de l'historiographie.

    Docteur en philosophie, directeur du Cabinet d'archéologie à l'Institut d'histoire et d'archéologie de l'Université de Tartu (Estonie), Heiki Valk est un spécialiste de l'archéologie médiévale des régions baltiques et de l'histoire et de la culture des Setos.
    Avant-propos de Bruno David (France), Marco Kirm (Estonie), Ahto Raudoja (Estonie), Vladimir Grusman (Russie)?; coordination éditoriale de Philippe Mennecier?; traductions du russe par Philippe Mennecier, traductions de l'estonien par Éva Toulouze

  • Auguste de Saint-Hilaire (1779-1853) ; un botaniste français au Brésil

    Collectif

    • Museum national d'histoire naturelle
    • 24 Juin 2016

    Auguste Prouvensal de Saint-Hilaire (1779-1853) débarque au Brésil en décembre 1816 avec la délégation du Duc de Luxembourg, au moment où ce pays s'ouvre plus largement aux scientifiques et artistes étrangers. Il revient en France six ans plus tard après avoir réuni des collections d'histoire naturelle (plantes, animaux, minéraux), et recueilli un nombre important de données sur l'histoire, la géographie physique, les langues indigènes et l'usage des produits naturels. Les historiens et les biologistes brésiliens considèrent aujourd'hui que les descriptions qui figurent dans ses récits de voyages, constituent un état des lieux des paysages et de la société brésilienne essentiel à la connaissance de ce grand pays. Dans ce livre, le regard croisé des scientifiques et des historiens, français et brésiliens, dessine la figure originale d'un savant botaniste et explorateur dont la démarche scientifique peut être qualifiée de moderne. La publication annotée de Réponse aux reproches que les gens du monde font à l'étude de la botanique (Orléans, 1811) et de larges extraits d'un de ses cahiers de récolte permet aux lecteurs de mieux appréhender les concepts et la démarche de ce botaniste mal connu. Une bibliographie exhaustive et annotée complète cet ouvrage, en français et en portugais, très largement illustré.

  • Genèse d'une découverte ; la division des infusoires (1765-1766)

    Marc J. Ratcliff

    • Museum national d'histoire naturelle
    • 1 Novembre 2016

    Quels outils un chercheur doit-il créer pour identifier un nouveau fait scientifique?? Qu'y a-t-il de commun entre la construction du fait et sa réception?? Comment les contenus d'un cahier de laboratoire interagissent-ils avec les réseaux de correspondances et les publications?? L'ouvrage de Marc ­Ratcliff aborde ces questions en reconstruisant la découverte de la division des infusoires -?micro-­organismes ­unicellulaires des eaux douces ou saumâtres?- par le savant genevois Horace-Bénédict de ­Saussure (1740-1799) et sa réception par une communauté d'acteurs. En reliant l'enquête microhistorique à l'analyse épistémologique pour comprendre le double parcours du chercheur et de son objet, l'auteur propose une nouvelle lecture des relations entre construction, découverte et réception des pratiques scientifiques.

  • «?L'histoire des sciences naturelles depuis leur origine jusqu'à nos jours?» est présentée ici pour la première fois en édition bilingue. Ce volume, amplement annoté et commenté, est le deuxième d'une série de cinq tomes regroupant les cours professés par Georges Cuvier de 1829 à 1832. Cette étude de grande envergure couvre de manière chronologique -l'histoire des sciences naturelles sur une période qui s'étend du début du xvie à la fin du xviie siècle. Le lecteur a ainsi accès à l'atelier historique de Georges Cuvier. Loin d'être une activité lui paraissant annexe au regard de ses travaux d'anatomiste, Cuvier y consacra un temps important, consultant de très nombreux ouvrages en de multiples langues (anglais, allemand, espagnol, latin, français). Elle lui conférait aussi une grande notoriété. Prononcées au Collège de France, ces leçons s'adressaient à un public large et consacraient son magistère sur les sciences naturelles de l'époque. Cuvier y présentait l'histoire des sciences comme une marche continue dont il scandait le développement. Il considérait les siècles ici étudiés comme une période de profonds changements. Louant la lutte contre les «?dogmatismes?» religieux, il en faisait le vecteur d'une nouvelle liberté de pensée et d'écrire. Reléguant l'étude des anciens, les sciences naturelles seraient ainsi entrées dans un nouvel âge, celui de l'observation et de la classification.

  • Here, for the first time in English, is Georges Cuvier's extraordinary «History of the Natural Sciences from Its Origin to the Present Day.» Based on a series of public lectures presented by Cuvier from 1829 to 1832, this third of a five-volume series, translated from the original French and heavily annotated with commentary, is a detailed chronological survey of the natural sciences spanning roughly fifty years, from the close of the seventeenth century to approximately 1750. It is truly astonishing in its detail and scope. Cuvier was fluent in many languages, English, German, Spanish, and certainly Latin, in addition to French. He was therefore well prepared to investigate and interpret firsthand the scientific literature of Europe as a whole. The work is an affirmation of Cuvier's vast encyclopedic knowledge, his complete command of the scientific and historical literature, and his incomparable memory. This history is remarkable also for providing in one place a large set of useful references to a vast ancient literature that is not easily found anywhere else. This huge body of information provides us furthermore with unique insight into Cuvier's concept of the natural sciences, and to the vast breadth and progress of this human endeavor. With this work, Cuvier fills an important gap in philosophical thought between the time of Carl Linnaeus and Charles Darwin.

    Theodore W. Pietsch is Professor Emeritus in the School of Aquatic and Fishery Sciences, and Curator Emeritus of Fishes at the Burke Museum of Natural History and Culture, University of Washington. His primary interests are in ichthyology, focusing on the evolutionary history, functional morphology, and reproductive biology of marine fishes, but also in the history of ichthyology and the history of science in general. He is the author of more than a twenty books, including The Curious Death of Peter Artedi: A Mystery in the History of Science, Tropical Fishes of the East Indies, Oceanic Anglerfishes: Extraordinary Diversity in the Deep-Sea, and Charles Plumier (1646-1704) and His Drawings of French and Caribbean Fishes.

  • Le spécimen et le collecteur se concentre sur la première des étapes propres à toute entreprise naturaliste, celle de la collecte des spécimens. Les auteurs s'attachent à comprendre ses spécificités matérielles, intellectuelles et politiques et à cerner les enjeux de connaissance qui motivent ses protagonistes. Fouler le terrain de la collecte revient à sortir de l'ombre les savoirs et les attentes des informateurs et des intermédiaires locaux. Au fil des pages se dessinent, sur plus de deux siècles, des oppositions et des coalitions inattendues d'intérêts et d'agents hétéroclites (explorateurs et informateurs, colons et colonisés, savants et marchands...) qui entrent en jeu dans la création des collections. Les spécimens ne sont alors plus seulement des objets agencés dans une classification de la nature indépendante des savoirs et des pratiques qui les ont produits, mais bien des éléments de culture matérielle que l'on peut considérer comme symboliques et constitutifs de relations sociales. En un mot, ils deviennent objet et parfois source d'histoire. Les contributions éclairent le parcours des collecteurs ou des spécimens eux-mêmes, la politique des muséums pour canaliser leurs trajectoires, et témoignent de l'altérité des lieux où les spécimens furent prélevés. Les auteurs relatent ainsi la diversité des savoirs, naturalistes ou pas, impliqués dans ces singulières accumulations matérielles que l'on peut désormais explorer à nouveaux frais.

  • Dans l'épaisseur du temps ; archéologues et géologues inventent la préhistoire

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    • Museum national d'histoire naturelle
    • 9 Mai 2011

    C'est autour de l'année 1859 que la préhistoire s'affirme, à l'échelle de l'Europe, comme un domaine de recherche nouveau et fécond. Les grandes disciplines des sciences naturelles (géologie, paléontologie.) et des sciences de l'homme (archéologie, histoire, philologie.) participent à la création de cette nouvelle science à travers les débats fondateurs portant sur l'ancienneté de l'homme et sur son origine animale. En une décennie, c'est toute la conception des origines de l'humanité qui s'en trouve bouleversée de façon profonde et durable au moment mme où se diffuse la théorie darwinienne de l'évolution. Cet ouvrage propose une relecture de cette période primordiale de l'histoire de l'archéologie préhistorique. Pour cela, il s'intéresse non seulement aux découvertes et aux idées qui ont nourri la connaissance mais également aux acteurs (chercheurs officiels et amateurs) et aux institutions (congrès, revues, sociétés savantes, musées, Muséum.) qui ont porté son développement et son rayonnement. Cette étude se place en continuité avec les démarches actuelles de la recherche sur les premières industries du Nord de la France et de la muséologie de la préhistoire.

  • Les années folles de l'ethnographie t.25 ; Trocadéro 28-37

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    • Museum national d'histoire naturelle
    • 11 Décembre 2017

    Les Années folles de l'ethnographie relate une séquence passionnante de l'histoire de la culture et des sciences : les dix dernières années du Musée d'ethnographie du Trocadéro avant qu'il ne soit détruit pour laisser la place au Musée de l'Homme, inauguré en 1938. Dirigé à partir de 1928 par Paul Rivet et Georges Henri Rivière qui scellent une alliance inédite entre la science et la culture, le musée connaît une profonde modernisation à une époque où la reconnaissance des « arts primitifs » interroge le rôle même d'un musée d'ethnographie. C'est le début des Années folles de l'ethnographie qui révèlent l'engouement pour une discipline, l'ethnologie. Entrant dans l'ère de la communication et de la publicité, le musée veut en être la vitrine. Grâce à Rivet et Rivière, l'ethnologie est tout autant dans la culture (moderne, occidentale, française) qu'elle se veut culturelle, en étudiant non plus des « races primitives », des « peuples archaïques », mais des cultures (traditionnelles, exotiques) qu'elle se propose de décrire et comprendre, dont elle ambitionne de révéler la logique et la symbolique propres, les lois de fonctionnement - proposition à la limite de la provocation dans une société française éduquée dans le culte de l'empire et de la mission civilisatrice de la France envers des peuples marginalisés.

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