Paris

  • Voilà près de vingt-cinq ans, à la suite du décès de ma grand-mère, Raymonde Hacker, épouse Rose, j'ai découvert, dans une armoire normande, enseveli sous une pile de draps, dans l'appartement où son père avait exercé son métier de tailleur, le journal qu'elle avait tenu de 1939 à 1943.

    De sa vie, ou plutôt de survie, peu de choses m'étaient parvenues si ce n'est qu'avec quelques dizaines de milliers d'autres Juifs demeurés malgré les délations et arrestations dans la capitale de tous les dangers, elle avait traversé sur place quatre années d'épreuves. Mise au ban de la société, cible vivante désignée à la vindicte de la population par tous les relais de l'Etat français, interdite d'exercer son métier et sans ressources, séparée de son époux en captivité, Raymonde Rose a écrit le récit de ces années de souffrance dans cette "grande préfecture régionale" de l'Allemagne qu'était devenue Paris.

    Exposé et conservé au mémorial de la Shoah, ce dossier constitue un témoignage exceptionnel aujourd'hui, sur ce pan largement ignoré de l'histoire des Juifs de France exposée ici au jour le jour. Car Raymonde Rose a ajouté à ces pages des coupures de presse, essentiellement sur les lois antijuives, les spoliations, les arrestations, la pénurie aussi sur les restrictions, le marché noir, la guerre, les sabotages, les exécutions. Ce qui inscrit son récit dans le quotidien de la collaboration, des angoisses et des espoirs.

  • Seize ans après un premier ouvrage sur Jean Hugo aujourd'hui épuisé, Robert Faure revient sur le temps où il côtoyait le peintre au mas de Fourques, à la lisière de la garrigue au nord de Lunel. La découverte et l'acquisition d'un tableau quasiment inconnu de l'artiste a déclenché chez l'auteur le désir de reprendre son texte en l'enrichissant de nombreux souvenirs liés à cette période où le peintre et l'auteur se lièrent d'amitié, mais aussi d'une soixantaine de photographies et de documents jusqu'alors inédits. Une approche sensible et intime de Jean Hugo au quotidien.

  • Savoir flâner à Paris est un art de vivre. Et plus encore quand on est parisien. Car alors, plus on va vers sa ville et plus elle vient vers vous, et plus elle vous donne. À vous Paris qui bouge, qui vibre, qui chante et enchante, qui élucubre, qui inquiète, intrigue ou surprend ! C'est Paris souvenir, Paris l'anecdote ou Paris l'épate qui vous guette au coin de la rue. C'est ce Paris-là que Pierre Merle, en toute subjectivité, évoque dans ce livre.

  • Ce récit est l'itinéraire d'un enfant du Danube qui, entre 1932 et 2010, traversa divers moments de l'Histoire et divers régimes. Tour à tour défilent la Hongrie féodale d'avant-guerre, le régime fasciste allié à l'Allemagne nazie, l'Occupation allemande et la liquidation des Juifs, la guerre, le siège de Budapest bombardée et affamée, l'arrivée des Russes, puis, en 1945, l'instauration d'une « démocratie populaire » qui enferme le pays dans un carcan totalitaire. Jeunesse difficile où l'adolescent, pénalisé par ses origines bourgeoises (ses parents et grands-parents étaient pharmaciens), se voir refuser l'accès à l'Université et doit faire de petits boulots avant de devenir manoeuvre puis ouvrier spécialisé. Un quotidien fait de grisaille et de propagande, de frustrations et de rêves de liberté.

    En octobre 1956, Budapest soudain s'insurge. Zoltan participe aux combats, aux discussions passionnées sur l'espoir démocratique. Mais le 3 novembre, l'armée russe entre dans la capitale et écrase la révolution. Le 5 novembre, Zoltan et quelques-uns de ses amis réussissent à franchir la frontière autrichienne et se retrouvent à l'Ouest. Après diverses tribulations, il arrive en Belgique où il a quelques amis et où il peut s'inscrire à la faculté de Médecine de Louvain, tout en effectuant divers travaux pour subsister.

    Passionné par la psychanalyse depuis son enfance (Ferenczi ne fut-il pas le fondateur de l'Ecole hongroise de psychanalyse et le traducteur de Freud en hongrois ?), il passera une licence de Psycho. En 1962, il part au Congo comme professeur de l'UNESCO où il découvre le racisme. En 1963, la rébellion l'amène à rentrer en Belgique où il rejoint l'Ecole belge de Psychanalyse. Il se lie avec Jacques Schotte, René Micha, Bassaglia, Oury, Mannoni, Guattari, avec lequel il travaillera sur le projet du Snark, institution non répressive apte à recevoir des adolescents difficiles. Il rencontre Lacan qu'à un moment il voit assidument. Bientôt le voilà psychanalyse, cependant qu'en 1977, le Snark régi par des règles d'obédience libertaire, ouvre ses portes. En 1981, il se retire du Snark qui, 30 ans plus tard, existe toujours. En 1984, il crée avec des amis le Questionnement psychanalytique.

    C'est le moment pour lui de faire un retour sur sa jeunesse et ses amis dont certains, après l'effondrement du régime communiste, deviendront membres du gouvernement ou ambassadeurs. De découvrir aussi que deux des plus proches travaillaient pour la police secrète hongroise et l'avaient surveillé de 1969 à 1985. Amère désillusion que ne tempèrera pas, en 1995, la remise, à l'ambassade de Hongrie à Bruxelles, de la médaille des Héros. Zoltan Veress meurt à Bruxelles le 13 décembre 2010.

  • Ce livre n'est pas une oeuvre d'imagination. C'est l'histoire d'une femme qui recherchait le bien de ses semblables à une époque où guerres et épidémies répandaient leur cortège de malheurs, où le fantastique imprégnait les réalités quotidiennes, où les savoir-faire féminins tuaient souvent aussi. Claudette Clauchepied est morte brûlée sur un bûcher, à Bruyères dans les Vosges, le 4 avril 1601. Elle allait avoir 66 ans. Construit sur une base archivistique solide, ce récit ouvre au lecteur le monde des campagnes de la fin du moyen âge. Il dévoile des comportements et des façons de penser authentiques. Le parler est réellement celui des gens de l'époque et non un discours contemporain remanié en fonction de suppositions. Préservée des clichés et des déformations folkloriques, la vie de Claudette Clauchepied révèle les racines d'une violence qui a longtemps secoué les communautés rurales. Son procès le montre amplement. Il peut être consulté aux Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, où il est conservé sous la cote B 3753.

  • Claude Berger est placé par naissance au coeur des drames du siècle passé, le régime nazi et Vichy dont il réchappe, le totalitarisme bolchévique qu'il démystifi e, la décolonisation. Il reçoit une étoile jaune le jour de ses six ans. Suit la condamnation à mort qui pèse sur les enfants juifs et un enfermement de deux années dans une maison vétuste aux volets fermés. Chaque sortie s'achève par une survie miraculeuse. La Libération substitue la misère à la traque qu'elle recouvre d'une chape de silence.
    1954, guerre d'Algérie, il se révolte contre la torture :
    De quoi est donc porteur l'inconscient de l'Occident ?
    En Afrique, sous le communisme primitif, il découvre l'animisme. Bénévole en Algérie, il est pris au piège de la face cachée de l'indépendance. En 1971, il démystifi e Lénine et dénonce capitalisme et salariat d'État. Le sociopsychanalyste Gérard Mendel lui témoigne sa connivence.
    Son essai, Marx, l'association, l'anti-Lénine, vers l'abolition du salariat lui vaut l'hommage d'Otelo de Carvalho, l'initiateur de la révolution des oeillets. André Gorz le soutient. « Lip et après ? » paraît dans Les Temps Modernes, « Georges Marchais et la question juive » dans Le Matin.
    La question du pourquoi et non pas seulement du comment de la mort des Juifs ne cesse de le hanter. Il dénonce une mythologie progressiste, née de l'antisémitisme des pères de la pensée de gauche. Elle empêche d'oeuvrer vers une société solidaire et non-salariale. C'est cette quête que Claude Berger conte ici. Une histoire riche d'engagements :
    La défense de la population pauvre du Marais, l'exercice d'une médecine sociale, l'interruption d'une messe à Pétain. Une histoire riche de rencontres, de personnages croisés : Georges Perec, Jacques Lanzmann, Jean Rouch, Kateb Yacine, Jean-Paul Sartre, Bernard Lambert, Benny Lévy. Une histoire parsemée de récits de montagne en écho de ceux d'Erri De Luca, mais aussi de miracles, de mystique et de poésie. « J'aurais traîné une vie entière un couloir de la mort de deux ans pour le dissoudre dans la recréation du monde », dira l'auteur faisant sien le propos de Chateaubriand : « Il est possible que mon Itinéraire demeure comme un manuel à l'usage des Juifs errants de ma sorte. »

  • Printemps 1985 : Mikhaïl Gorbatchev devient secrétaire général du parti communiste d'URSS. Eté 1985: grande campagne contre l'alcool de celui qu'on appellera alors le secrétaire minéral. Automne 1985: début des réformes qui tentent de sauver structurellement le régime. Puis c'est la publication du Docteur Jivago, Tchernobyl, le retour de Sakharov, le réveil des nationalismes...
    Jean-Noël Benoit, lecteur à l'université, entre 1984 à 1987, a été d'abord à Krasnodar dans le Kouban, ensuite à Moscou même. Au cours de ces années, il a partagé avec les Russes un quotidien où le plus grand nombre vit dans la pénurie, tandis que les élites ont droit à des privilèges.
    Un monde de grisaille et d'ennui rythmé par la débrouillardise, les fêtes entre amis, les espoirs souvent déçus, le désenchantement. Dans cette période où l'on continue à exalter la grande guerre patriotique, où plane l'ombre de l'Afghanistan, le communisme tente en vain de ranimer la fl amme collectiviste, mais la Perestroïka semble ne rien changer à l'indiff érence générale et à un individualisme sans perspective qui noie parfois son impuissance dans l'alcool.
    Ponctué par des relations amoureuses sans lendemain, des rencontres insolites avec le KGB, des peintres, des artistes conceptuels, une famille d'ouvriers, des nostalgiques de l'ancienne Russie, par des périples dans des paysages immenses et dans des villes où l'or des coupoles contraste avec les palais abandonnés et les riches musées avec la boue des rues, le récit de l'auteur nous off re un éclairage de l'intérieur sur l'URSS en train de vivre ses dernières années. Pour le 30e anniversaire de la Perestroïka, un regard sur l'URSS de l'époque.

  • Cette autobiographie tumultueuse est une traversée du XXe siècle, une fenêtre sur les événements qui l'ont jalonné.
    C'est aussi le parcours d'un homme né en 1923 à Strasbourg dans une famille juive venue d'Europe centrale avant la Première Guerre mondiale, et qu'il poursuit, toujours attentif aux hommes et aux soubresauts de l'Histoire. Après une jeunesse brève sur laquelle plane la menace nazie, c'est la guerre, la défaite et l'Occupation. En 1941, à 18 ans, Arthur Kriegel entre dans la Résistance, dans la section juive de la MOI, tout en suivant ses études de médecine à Toulouse.
    Il rejoint bientôt Lyon où il retrouve son frère Maurice, résistant connu sous le nom de Kriegel-Valrimont, mais aussi d'Astier de la Vigerie, Serge Ravanel, Jean-Pierre Vernant, Raymond et Lucie Aubrac... Le 4 septembre 1943, il gagne Paris où il poursuit son activité clandestine et ses études. En août 44, Paris s'insurge sous la direction de Rol-Tanguy et de Kriegel-Valrimont. Paris est libéré. Arthur Kriegel poursuit le combat dans la 1e Armée.
    Comme bon nombre d'intellectuels, il rejoint bientôt le PCF et milite à l'Union des Étudiants communistes, section médecine. Il fonde le journal Clarté en 1947, participe à maints engagements comme le Mouvement de la Paix ou l'affaire Lyssenko, et côtoie les grandes figures du Parti. Mais la divulgation du rapport Krouchtchev et la révolution de Budapest de 1956 achèvent de lui ouvrir les yeux sur la vraie nature du communisme qui, avec le nazisme, aura marqué le siècle de son empreinte totalitaire.
    Devenu rhumatologue, il se consacre à son métier, tout en participant à la révolution scientifique et technologique qui a renouvelé la médecine. Il s'interroge aussi sur les persécutions antisémites, la revendication nationale des Juifs et leur particularisme. Arthur Kriegel qui, ironiquement, se définissait comme un "inconnu entouré de gens célèbres", fut l'époux de l'historienne Annie Kriegel, l'ami proche de nombreuses personnalités du monde médical, littéraire, artistique et politique.
    La vie est un cadeau est, à ce titre, une galerie de portraits, émouvants et souvent savoureux ; mais, surtout, c'est un hymne à la vie et à l'amitié. Livre joyeux et lucide, il donne à entendre un homme qui s'est identifié à son époque, en a été un témoin et un acteur de premier plan.

  • De nombreux livres d'histoire et de fiction ont été écrits sur le hors-la-loi Jesse Woodson James (1847-1882) et son gang, mais l'ouvrage que son fils lui a consacré est un document unique et inédit en français. Publié en 1899, ce récit fait revivre la figure paternelle à travers souvenirs d'enfance et témoignages familiaux, et retrace aussi les aventures du ' Robin des bois américain ' : de sa participation à la guerre civile au Kansas et au Missouri jusqu'à sa mort chez lui tué dans le dos par un traître. Un meurtre qui suscitera bien des créations dont la dernière est le film L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Mais ce livre est aussi un plaidoyer pour un ' héros ' viril dont le fils cherche à réhabiliter la mémoire, en atténuant la portée de ses meurtres et la réalité de ses vols. D'ailleurs, Jesse James lui-même se pose en victime dans les lettres qu'il envoya aux journaux de son temps (traduites ici) et qui participèrent aussi de la fabrication de sa légende.

  • Orphelin à sept ans, Philippe Alméras va naviguer désormais sans carte ni boussole, ce qui fera de lui un témoin ingénu entre Paris et la Lozère, de l'Occupation, de la Libération et des guerres coloniales. Né dans la bourgeoisie, il verse avec ceux de sa génération vers le peuple, jusqu'à ce que l'expérience du socialisme islamique le guérisse de divers préjugés pieux. Le hasard et un refus d'obéissance le propulsent secrétaire de presse au cabinet de cinq ministres de la Guerre où il reçoit le premier l'annonce de la reddition de Dien Bien Phu le 7 mai 1954. Un rappel au Maroc le fait assister ensuite au processus d'indépendance du royaume chérifien.
    Suivent dix ans de journalisme, dans le groupe Réalité-Entreprises puis l'Action automobile, interrompus sur une impertinence.
    Il risque ses indemnités dans un magazine à bout de souffle et se retrouve bientôt démuni. L'Amérique s'offre alors comme un refuge et l'occasion de reprendre ses études avec un sujet de thèse dérangeant sur Céline. Sa curiosité l'amène à découvrir des documents inattendus mais divers obstacles l'empêcheront de publier sa thèse pendant quinze ans. Vu comme un des défenseurs de Céline aux États-Unis, il passe pour son adversaire en France et se voit, dès lors, marginalisé. Tout cela ne fait pas une carrière facile mais assure une vie très racontable.
    Ce récit foisonnant d'un intellectuel baroudeur restitue la vie d'une époque, tant en France qu'aux Etats-Unis, entre New York et la Californie. Y défilent de multiples personnages connus ou inconnus, écrivains, journalistes, universitaires amis ou faux-jetons, étudiants déjantés, bourgeois cupides et petit peuple ; toute une faune dont l'auteur sait rendre les tons et le pittoresque. Dans une langue à la fois véhémente et passionnée, où le vitriol alterne avec l'ironie d'un homme qui a connu trahisons et amitiés, déceptions et reconnaissance littéraire, Philippe Alméras évoque tour à tour l'enfance bourgeoise, l'internat lozérien, le service militaire, les débuts dans la presse, la vie sur les campus américains ou encore ses tribulations burlesques dans le château normand abritant son Centre d'études franco-américain, proche de Lisieux.

  • Ses amis I'appelaient "Gégène ou Popaul", Louis-Ferdinand Céline dans Féerie pour une autre fois I'a surnommé Jules. Moi je l'ai toujours appelé "Gen Paul" . J'avais du respect pour lui. Je le considérais un peu comme le père qui m'avait manqué. Ainsi commence le récit de Chantal Le Bobinnec qui, entre 1950 et 1964, fit partie du cercle des amis du peintre montmartrois né rue Lepic en 1895. Ayant appris à jouer de la guitare avec Alexandre Lagoya qui se produisait au Lapin agile, elle intéressait Gen Paul qui, avant de jouer de la trompette au cirque Médrano, avait taquiné la guitare.
    Au début, il la sumommait "la môme Guitare" puis il la qualifia d'"Araignée". C'est ainsi que Chantal entra dans I'intimité du peintre qui, sous un caractère colérique, aggravé par I'abus d'alcool, cachait infiniment de tendresse. Bientôt elle devint une habituée de l'atelier de I'avenue Junot participant arrx repas et aux fêtes les plus folles. Elle y côtoiera une faune typiquement montmartroise mêlant peintres, écrivains, acteurs, compositeurs, et y croisera nombre de célébrités, comme Daragnès, Marie Bell, Fernand Ledoux, Charles Amavour, Francis Lai, Marcel Jouhandeau, Marcel Aymé,... sans oublier les joyeux musiciens, les francs buveurs et autres personnages pittoresques rompus à l'argomuche ; toute une bohême bon enfant que Chantal restitue avec verve. Elle retrace I'itinéraire de Gen Paul, enfant de Montmartre qui se souvenait de Toulouse Lautrec, de la Goulue et du Désossé, comme du clown musicien qui avait commencé sa carrière au cirque, du soldat parti pour la guerre où, en 1915, il sera amputé d'une jambe, de la révélation de la peinture et des premières oeuvres. Et comment ne pas parler de Céline, que Gen Paul rencontra dans les années 1930, et de leur longue amitié. Amitié tumultueuse qui ne survivra pas à la guerre et aux accusations délirantes de l'écrivain. Enfin comment ne pas évoquer Utrillo, I'autre peintre montmartrois qui, avec Gen Paul, incama au XXsiècle la poésie de la Butte ?

  • Si Chantal connut une enfance heureuse, notamment auprès de sa grand-mère maternelle, sa jeunesse va très vite s'avérer difficile. Dévoré par la passion du jeu, son père engloutira la dot matemelle, ce qui entraînera la séparation des parents. Ballotées, Chantal et sa sæur Mathilde grandissent sans véritable vie familiale. Leur mère se consacre à son école d'équitation, tandis que son père prend une nouvelle compagne qui n'apprécie pas les deux sæurs. Leur tante à qui on les confie, s'en débarrasse en les plaçant dans une institution religieuse qui est en réalité une maison de correction.
    Quand leur mère les en arrache, c'est pour les entraîner en Allemagne où elle s'est portée travailleuse volontaire. Fn 1942, elles se retrouvent à Bad Cannstatt, dans la banlieue de Stuttgart et sont embauchées à I'usine Rossler. Chantal y découvre les baraquements des prisonniers russes, polonais, ukrainiens, français, la promiscuité, la quête de nourriture, les jalousies, I'amitié, les premiers flirts. Mais bientôt les bombes s'abattent sur I'Allemagne. C'est le moment que choisit leur fantasque mère pour regagner la France, en laissant ses filles en otages. Dorfrnund, Cologne, Dûsseldorf, Hambourg Hanovre, Francforg Berlin... les unes après les autres, les villes s'embrasent et quand Stuttgart est frappée, Chantal doit apprendre à survivre au milieu des ruines et des morts. En 1944, leur mère revient abandonnant la France qui se libère, car elle craint des repÉsailles. Elle gagne I'Autriche, tandis que Chantal, fuyant les combats, décide de rentrer en France avec Marc, son compagnon de travail. Empruntant des trains de marchandises, ils arrivent à Paris au printemps 1945. Chantal, malade, désespéré, mais miraculeusement elle croise Yvonne, une compagne de baraquement, qui I'amène dans sa famille et la remet sur pied.
    Elle retrouvera sa sæur, sa mère, son père même, mais désormais elle a rompu les ponts et veut être libre. Un recit prenant où I'humour vient sans cesse corriger le drame.

  • Un appelé, sous-lieutenant de réserve, raconte deux ans du conflit algérien qui, de 1955 à 1962, vit passer plus de deux millions de jeunes gens du contingent.
    Envoyés en algérie, ils y combattirent sans enthousiasme mais firent leur devoir, s'occupant parallèlement d'action sanitaire et sociale ou d'alphabétisation. une chronique qui se déroule à l'est du constantinois, dans le secteur montagneux du debbar et de la mahouna, non loin de la ligne morice qui verrouillait la frontière tunisienne. la vie d'une section d'infanterie aux jeunes recrues originaires de l'est, du midi, du centre ou de bretagne,.
    Paysans, ouvriers, titis parisiens, algériens appelés sous les drapeaux. c'est le journal d'un officier, avec son enchaînement de marches interminables dans la fournaise de l'été et le froid de l'hiver, la monotonie du quotidien rompue par des combats occasionnels avec leurs blessés et leurs morts, mais aussi la peur, l'amitié, les liens fugitifs avec les habitants des douars, la beauté des paysages et le sentiment d'une guerre inutile.
    L'histoire d'un temps qui n'en finit pas de nous hanter.

  • Dans les années cinquante et dans le cadre de ses activités, Pierre Levergeois, membre de la DST, a été amené à se pencher sur le cas de Français disparus en Union Soviétique au lendemain de la dernière guerre.
    C'est ainsi qu'il a retrouvé deux Parisiennes, Simone et Pierrette, arrêtées en 1947 par le NKVD soviétique en Allemagne, ainsi que Paul, jeune ouvrier d'origine polonaise, condamné lui aussi à dix ans de travaux forcés sous de fallacieux prétextes. Les confessions de ces trois Français, déportés à Inta, sous le cercle polaire arctique, évoquent la vie quotidienne des camps où croupissent des milliers de détenus politiques, soumis à une discipline féroce, à un travail forcé dans le terrible froid sibérien.
    La dureté des gardiens, la faim obsédante, le manque d'hygiène, l'épuisement, la maladie, les affrontements, les viols, constituent la toile de fond de ce cauchemar où, seuls, le souvenir des jours anciens, la vie spirituelle et l'espoir jamais tout à fait perdu maintiennent la flamme. Inoubliable aussi le récit de la tentative d'évasion de Paul qui, en compagnie de prisonniers tchèques et hongrois, franchit, dans la taïga enneigée, 2000 kilomètres pour gagner la Lituanie.
    En appendice, figurent les Chants des prisonniers sibériens d'aujourd'hui qui, recueillis clandestinement par Dina Vierny et interprétés par ses soins, firent l'objet d'un 33 tours en 1975.

  • Ce livre est d'abord le récit d'une fidélité : fidélité à une terre, à une famille, à une vocation. Issu de gens modestes, Jacques Domergue, fasciné très tôt par C. Barnard, le pionnier des greffes cardiaques, est devenu chirurgien au prix d'un labeur acharné. C'est aussi le livre d'une formation : formation par les études, par les gardes, par l'internat, par la coopération médicale au Sénégal, suivie d'un séjour aux États-Unis, à San Diego, puis à Pittsburgh, haut lieu de la greffe du foie. C'est enfin le livre d'un engagement qui a conduit Jacques Domergue, avide d'expériences et de contacts enrichissants, à modifier le cours de sa vie. Au combat contre la maladie s'ajoute aujourd'hui l'autre combat, politique, visant à mettre fin à un système autoritaire et personnel qui a maillé le territoire, en s'appuyant sur le clientélisme, le communautarisme, la démagogie, les promesses, les menaces et les injures qui valent aujourd'hui à Georges Frêche une triste notoriété. L'ancien patron de la meilleure équipe chirurgicale de France se sent capable de gérer la mairie de Montpellier. Il en a les compétences et le désir. Sans nier ce qui a été fait pour la ville, il analyse sans concession les nombreux problèmes qui affectent la vie quotidienne de ses habitants : insécurité, délinquance, emploi, chômage, fiscalité, logement, circulation, pollution... À ces points noirs, il oppose un plan ambitieux de développement avec un projet économique s'appuyant sur le secteur médical et scientifique ; il préconise aussi de mêler les habitants au lieu de les juxtaposer sinon de les ghettoïser, notamment en étudiant un développement rééquilibré de l'urbanisme qui développe les infrastructures et tient compte d'un afflux démographique permanent. Un itinéraire sans fard et un diagnostic pour gérer la cité comme un médecin son patient. Un document humain et une réflexion sur l'exercice d'un pouvoir partagé capable de redonner la parole aux citoyens.

  • Cambodge, année zéro est le bouleversant témoignage de Nary, jeune femme de la haute bourgeoisie cambodgienne qui survécut à la révolution communiste
    et au génocide perpétré par les Khmers rouges, génocide qui, de 1975 à 1979, causa la mort de plus de trois millions de Cambodgiens, soit le quart de la population ! Nous sommes en 1975, "l'année zéro" qui, selon Pol Pot, marquait le début d'une ère nouvelle, mais, en fait, entérinait la mainmise sur le pays par un régime despotique et sanguinaire. Sitôt Phnom Penh prise par les Khmers rouges, jeunes soldats incultes et fanatisés, les habitants de la capitale, comme toutes les populations citadines, sont déportés vers les campagnes pour y être rééduqués. Tous les cadres de la nation, les élites qui parlent français, les fonctionnaires, les diplômés et les intellectuels, mais aussi les minorités chinoises et musulmanes, sont déportés, affamés, torturés, éliminés, tantôt fusillés, tantôt tués à coups de pioches, tantôt jetés aux crocodiles. Durant cette période tragique qui ne le cède en rien aux massacres nazis et staliniens, Nary a pris des notes qu'elle a pu dissimuler
    tout au long de sa captivité dans les camps de travaux forcés et conserver lors de son évasion jusqu'à son asile en France. Cambodge, année zéro est une minutieuse reconstitution effectuée par la fille de Nary, Nathalie, née quelques jours avant la prise de Phnom Penh, à partir de journaux, correspondances, croquis et photos d'époque ainsi que de témoignages oraux de personnes qui ont croisé Nary sur les chemins de la déportation et de l'horreur. Trois générations de femmes rescapées apparaissent dans cette longue marche vers la mort où l'espoir néanmoins
    ne sombre jamais tout à fait : la grand-mère, la mère, Nary et sa fille qui, jour après jour, résistent. Ce livre vaut pour l'éclairage qu'il apporte sur un moment de l'histoire longtemps occulté et qui, aujourd'hui où le procès des bourreaux est en marche, refait surface. En décrivant la chute du royaume Khmer, berceau d'une vieille civilisation religieuse qui semblait à l'abri des idéologies dévastatrices du xxe siècle, il s'interroge enfin sur le combat pour la défense des libertés et des valeurs spirituelles face aux forces du mal. Une vision sans complaisance sur un des drames les plus sanglants de notre histoire immédiate. De nombreuses photos accompagnent ce témoignage dans trois cahiers hors texte.

  • Le 3 avril 1996, mourait Jo Privat. "Quel mec !" disent de lui ceux qui l'ont connu. À Paris, en province, là où le musette reste à l'honneur, l'âme de Jo vivifie encore les pistes de danse. Dès que l'accordéon attaque Balajo, Sa préférée ou Mystérieuse, les gambilleurs s'y bousculent. Jo Privat a dû composer sept cents valses-musette. À la fin des années 1940, son "musette swingant" avait rénové le genre.
    Indissociable du musicien et du compositeur inspiré, il y avait le "mec". Ses mille et une nuits que, clope aux lèvres, Jojo racontait de sa "voix pleine de rustines". Pur jus de chique Ménilmuche, l'accent de Jo grasseyait un argot infiniment drôle. Privat aimait les truands, le milieu, "les canailles". Il était de ce Paris aux limites populaire-voyou indécises. Emile Vacher, pionnier du musette, avait été son maître.
    En sa compagnie, à 15 ans en 1934, Jo jouait déjà à L'Ange bleu, près de la place Clichy. Le monde interlope "s'y dégrippait les mollets". Pour Jo, l'avant-guerre avait été le zénith de ce Paris de la rue. Après Le Petit Jardin du 26, avenue de Clichy, en 1937 à 18 ans, il était entré au Balajo, 9, rue de Lappe à la Bastille. À la Libération tout était reparti, et la Bastaga s'est mise à rimer avec Jo Privat.
    Sa légende embrayait. Un exemple superbe de culture populaire parisienne, la mémoire unique de Paris. Ou, plutôt, de Paname.

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