• Au soir de sa vie, une auteure se relit. Ses livres sont des îlots dans sa mémoire et elle cherche à relier ces repères. Sa relecture est relecture de soi. De son voyage dans le passé, elle choisit les heures claires, souvenir inaltérable de lieux propices.
    Reconnaissances est une reconnaissance de dette. Catherine Safonoff reconnaît l'amour pour le père et celui pour la mère (des pages sublimes). Elle reconnaît aussi la difficulté à être soi, à être fille comme à être mère, la difficulté à conjuguer tout cela. Dette infinie envers le vivant, dette que l'écriture transforme ici en don.

  • Tout ce roman, véritable mosaïque de la vie présente, est charpenté par les séances de la narratrice avec son thérapeute, le Docteur Ursus. Ce cadre protégé et codifié, s'il exalte l'expression des sentiments et des désirs, constitue un précieux garde-fou qui l'empêche de leur donner libre cours dans la réalité. A travers la fiction, la patiente peut en revanche aimer sans risque cet homme séduisant, bienveillant mais à la logique imparable.
    Pour illustrer cette relation sûre et bénéfique, mais puissante, voire irrésistible, Catherine Safonoff emprunte à Virginia Woolf le symbole du canari, issu d'une ancienne tradition : naguère, on emportait au fond du puits de charbon un petit oiseau chanteur, dont l'asphyxie prévenait du coup de grisou imminent son compagnon le mineur.

  • Dès son premier roman, La Part d'Esmé, et dans tous ceux qui ont suivi, Catherine Sofonoff explore les " espaces du dedans ", cherchant à saisir les mouvements intérieurs et relationnels.
    Ici, trois histoires, trois manières de raconter, trois postures d'écrivain.
    On lit ce recueil comme en musique on écoute une suite : des rythmes et des moments divers, quelques écarts, une grande liberté, mais dans un ton donné et mené d'une main ferme.

  • « Ces années-là, je tentai d'oublier mon dernier homme et de soutenir ma première femme qui entrait dans la mort. » Livre de deux deuils, celui d'une mère âgée qui perd la tête, et celui de l'amour perdu, N. Autour de ma mère est un texte très autobiographique dont la forme fragmentaire combine la spontanéité de la vision ou de la sensation et le lent travail de la forme. En réaction à l'informe, à l'absence de sens, l'écriture se fait précise, ciselée et légère : « J'écris sur l'unique entreprise qui vaille au monde, aimer quelqu'un » Safonoff. Le Journal de Kafka est convoqué tout au long du roman comme un leitmotiv à partir duquel se situer.

  • «Ces premiers moments ont été décisifs. Moi cependant je ne décidais rien, presque rien, si vite me suis laissé mener, privée d'une manière ou de l'autre de mon bon sens, d'un minimum de bon sens. Ce qui avait fondu sur moi à peine hors du train, cette sensation qui faisait du retour en pays connu une arrivée en pays inconnu, n'était pas nouvelle, quoique cette fois tellement plus accentuée. Elle était prévisible et, semblait-il, j'aurais pu me ressaisir, éviter ce vers quoi je me suis avancée, fermant les yeux juste assez pour continuer.» Un faux départ oblige une femme à revonir sur ses pas. Elle se terre, clandestine, dans sa ville natale.

  • La distance de fuite

    Catherine Safonoff

    • Zoe
    • 5 Janvier 2017

    La distance de fuite est celle que la proie doit garder avec son prédateur pour assurer sa survie;
    Autrement dit la bonne distance à trouver entre soi et l'autre, le monde, la mort aussi, pour vivre sans excès de souffrance.
    Au gré de son quotidien, la narratrice mêle mémoire obsédante et vécu immédiat en faux-direct. Le père de ses filles lui rend visite et le secret de toujours, comme le bonheur passé, finiront par être enfin avoués; l'amant grec continue d'être aimé mais à l'infini et avec douceur désormais, la mère est là elle aussi, celle de qui elle a cherché à s'éloigner à chaque relation amoureuse; et puis, l'appréhension d'un futur proche. D'une part la mort qui s'avance, de l'autre un atelier d'écriture en prison que la narratrice accepte, non sans trac, de donner à des détenues.

  • Une femme est tombée sous le charme d'une île qui, longtemps, lui prodigue ses dons simples. Promenades par les sentiers, musique d'une autre langue, la mer, les bateaux. Un jour, la visiteuse rencontre le Capitaine Rouge. C'est un homme de sac et de corde, mais sa voix et sa prestance ravissent l'étrangère.
    S'ensuivent les péripéties classiques des amants - promesses, mensonges, chasséscroisés, barrages contre les moulins à vent. A l'école du Capitaine Rouge, ce maître de l'envers des choses, la narratrice perd quelques illusions.
    Demeurent à la fin les objets, témoins humbles et fidèles. Demeurent les lieux, parfaits, d'une aventure triviale - une maison et un jardin dans le pays gris et, là-bas, l'île aux sortilèges, plus vraie maintenant qu'elle a des ombres.

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